Betún – par le Teatro Strappato

De quoi ça parle ?

Le Teatro Strappato a mené une enquête lors de son voyage en Bolivie, sur les enfants qui vivent et travaillent dans les rues des métropoles d’Amérique latine. Cela a donné naissance à « Betún », un spectacle sans paroles mais qui dit beaucoup de choses. Un masque en cuir qui, pour un moment, va devenir le visage de millions d’enfants.

Betún est un enfant de la rue, un parmi des millions, qui n’a rien ni personne à ses côtés. Un enfant parmi 100 millions qui vivent dans les rues de notre monde, dont 40 millions en Amérique latine. Betún est ce visage gênant qui nous regarde dans les yeux et devient le miroir magique qui montre le plus mauvais côté de notre espèce.

Critiques & Chroniques

Betún au Festival OFF Avignon 2022

Sonia Garcia-Tahar – Le Dauphiné Libéré (juillet 2022)

“Des sacs-poubelles qui débordent de détritus… Non, Betún n’est pas un mauvais thriller, mais le quotidien des enfants des rues. Des êtres humains traités comme des déchets, qui vivent parmi les déchets. Il fallait une compagnie rodée au jeu du masque pour affronter avec pudeur, mais sans retenue, le plus grand des tabous  : les horreurs qui s’abattent sur ces enfants démunis. La cie Teatro Strappato s’y attelle avec une poésie et un humour désarmant… Dans ce spectacle sans parole, où la musique se mêle aux bruits du métro et de la circulation, le spectateur reçoit en pleine face les scènes les plus dures… Beau et terrible à la fois. »

Gros plan : Betún, une réelle tragédie mise en scène par le Teatro Strappato (Avignon 2022)

Louise Chevillard, La Terrasse

“Betùn l’histoire d’un petit garçon des rues, inspirée de récits entendus sur le terrain bolivien. Un théâtre de masques sans parole qui donne voix à ces centaines de millions d’enfants laissés pour compte.  Vene Vieitez grandit à Caracas, au Venezuela. Petit, on lui somme de ne pas s’approcher d’eux, les enfants des rues. « Trop dangereux ». Des années plus tard, en 2015, à la tête du Teatro Strappato, émerge alors l’envie de traduire sur un plateau cette existence dure, cette réalité déconcertante, ce piège qui enferme ces milliers d’enfants à l’extérieur… Les masques de cuir révèlent l’insoutenable. 9 tableaux : 4 rêves et 5 réalités articulent la proposition au rythme des sonates de Camille Saint-Saëns. Ce sont surtout les masques, créations artisanales emblématiques du Teatro Strappato, qui permettent de transcrire sur scène la terrible condamnation de ces enfants. Autorisant aux spectateurs l’accès à la dimension fictionnelle, l’acteur derrière le masque disparaît au profit des histoires qu’il raconte. Le cuir et l’argile constitués sur mesure instaurent des figures inquiétantes, terrifiantes. Tout se fait à vue, comme pour signifier le manque d’intimité que vivent les enfants sans-abri. Racontée comme un conte musical, c’est une réelle tragédie qui est mise en scène, que le Teatro Strappato  s’attache à révéler. “

Betún : Poignant, Éloquent, Bouleversant

Claudine Arrazat, Critique Théâtre Clau

« …Vene Vieitez nous conte l’histoire de Betún, cet enfant aux prises avec les dangers de la rue et ses réalités. Un enfant abandonné, qui rêve parfois du retour de sa mère et de la fin de ce cauchemar. Un enfant confronté à la faim, aux voleurs d’organes, à la drogue… C’est magnifiquement joué. Cela transperce le cœur, émouvant et tragique dans sa vérité. Un spectacle inoubliable, qui vous chavire… Cecilia Scrittore est exceptionnelle : nous découvrons son univers avec émoi. Sa gestuelle, expressive et harmonieuse, reflète ses peurs, ses angoisses et ses rêves. Elle nous captive, elle nous bouleverse. Un spectacle magnifique, à voir absolument.« 

Chronique Betún

Gérard Huin d’Angelo

« Ça pourrait se passer n’importe où…ça se passe là où tu ne le voudrais pas : La Paz, Calcutta, Naples, le Périph…en vrai, une « planète » de 100 millions d’enfants à travers le monde. Le Teatro Strappato nous invite à partager le quotidien de Betún, Petit Poucet flottant comme un bouchon sur l’eau, chahuté par le flot de la misère suburbaine triomphante. Par une galerie de portraits kaléidoscopique, la solitude, l’abandon, les rêves de tendresse, les guerres de territoire, la volonté de possession, la violence sous toutes ses formes y compris les moins dicibles nous percutent en plein cœur par ce redoutable exercice de théâtre masqué chorégraphié, évoluant sur une bande son hypersensible. La régie lumière joue également un rôle fondamental pour mieux imprégner sur nos rétines et nos émotions le climat glauque de ces urgences de survie. On ne sort pas indemne de ce spectacle au delà des mots. Mais on en sort plus généreux. Bravo aux interprètes : Cecilia Scrittore et Vene Vieitez (qui signe aussi l’argument et la mise en scène). »

Betún par la Compagnie Teatro Strappato

Jean-Pierre Martinez, Libre Théâtre (2019)

« Que des adultes vivent aujourd’hui dans nos rues est un fait difficile à admettre. Que des enfants doivent partager le sort terrible de leurs parents sans domicile est une réalité inacceptable. Mais que des enfants doivent vivre seuls, livrés à eux-mêmes et à la merci des adultes, dans les jungles urbaines les plus misérables du monde est une vérité effroyable qu’on préfère ignorer tant elle est difficile à concevoir dans toute son horreur. Il n’y a pas de pire violence que celle qui s’exerce sur des êtres sans défense, qui n’ont ni toit, ni biens, ni famille. Des êtres qui souvent n’ont même pas d’état civil. Des êtres donc qui officiellement n’existent pas. Des êtres sans nom qui ne sont rien. Que peut-on encore voler à un orphelin qui n’a rien ? Son intégrité même. »

Voir aussi

Teatro Strappato

Théâtre de masque

La Terre et la Poudre

Spectacle du Teatro Strappato

Triboulet

Spectacle du Teatro Strappato